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La sortie en Croatie

Mai 05

 

                                                            

Grande sortie annuelle de l’aéro-club Air France de Toussus.
Souvenirs croates.

 La Croatie, ça a longtemps été un rêve. Neuf mois environ, tout comme les grandes réalisations de la vie. Tout a vraiment commencé lorsque notre couple d’organisateurs nous a révélé la destination qui allait succéder à l’escapade hispanique. C’était à la Rochelle, bien entendu, à l’occasion de notre traditionnelle sortie de fin de saison.
Hélène, qui vous raconte comment cela va se passer de telle manière que vous le vivez déjà. Et Thierry, notre Chef pilote, qui a l’art de vous expliquer à quel point les navigations seront complexes et techniques mais dont le travail est tellement mâché qu’un élève pilote le ferait. La preuve, ils font partie du voyage.
C’est aussi ça, la magie de nos « Grandes sorties ». Plutôt que de se retrouver entre baroudeurs velus cherchant à s’épater les uns les autres, notre secret consiste à intégrer des expériences de vie aéronautique totalement différentes. Seule la passion du vol, propre à tous les pilotes se retrouve chez nous tous. 

Après La Rochelle donc, du boulot. Plein de boulot.
Déjà, les cartes. Ca commence bien, Jeppesen doit sortir les cartes de la Croatie, mais on n’est sûrs de rien. Faudra se contenter des ONC. Très sympa sur le plan graphique, mais un peu moins du côté des points de report. Heureusement, on aura finalement nos cartes LD-1 et LD-2 suffisamment à temps pour partir dans la sérénité de logs de nav complets et de GPS chargés à bloc.

Ensuite, l’Italie. Si le pays fait rêver, le vol en VFR un peu moins. La TMA de Milan serait aux espaces aériens ce que le Cunimb est aux nuages. Sauf que celui-là, il ne se contourne pas, il se traverse. Les points Rivoli, None, Cremona, Legnano, Rovigo sont finalement les indices à retrouver pour le jeu de piste. Là encore, Thierry nous sert tout cela sur un plateau, on n’aura plus qu’à suivre.
Au-delà des navigations se pose rapidement la question des escales et la combinaison alpes-météo nous oblige à préparer deux routes : Turin par la montagne ou Aix puis la côté d’Azur. Deux choses sont certaines : ce sera magnifique quelle que soit l’option retenue et la journée se terminera à Venise, sur le terrain de San Nicolo, à quelques brasses de la place St Marc. Aux questions habituelles (100 LL, taxes, etc.) se rajoute fermement le passage de la douane car la Croatie ne fait pas partie de l’espace Schengen.

Le reste de la préparation est plus simple si ce n’est que nous avons beaucoup de mal à trouver des informations aéronautiques relatives à la Croatie, mais celles que nous avons pu glaner par-ci par-là concordent sur le professionnalisme et l’excellent accueil du contrôle Croate. Rien ne nous permettra de le contredire.
Pour le reste, décision est prise de rentrer par Calvi. Après tout, autant faire les choses en grand jusqu’au bout.

L’échéance approche et la veille du départ, à l’aéro-club, la préparation bat son plein. Il faut laver les machines, en faire les pleins, les garer de manière à optimiser le départ du lendemain. Nous sommes déjà dans un état d’ivresse, mais d’une sobriété digne de tout pilote qui se respecte.

Le sérieux du Chef pilote s’exprime à plein. Thierry s’est en effet chargé de bien insister sur l’importance de la ponctualité du lendemain et a vérifié l’ensemble des packages techniques que chaque avion emportera. Rien ne manque. Les bidons d’huile et leur demi-bouteille d’eau en guise d’entonnoir, les cordes et piquets, le liquide lave-glace. On a rajouté un jeu de bougies et les indispensables gilets de sauvetage car la Méditerranée et l’Adriatique ne sont pas de petits lacs.
Cela faisait également  quelques jours qu’il scrutait (avec quelques autres) la météo par Internet, téléphone ou relations interposées. Une dernière vérification et la décision est prise : on passera par les Alpes. Aussi sec, envoi d’un fax de confirmation à Turin afin qu’ils ne soient pas surpris de voir arriver une escadrille non prévue. Au passage, on en profite pour leur demander s’ils peuvent nous ravitailler (réservoirs et estomacs) pendant les heures de repas. Un vrai pro.

Arrive donc enfin le jour J. Samedi 21 mai 2005. Il est 7 heures locales. Malgré un ciel dégagé sur Toussus (le front est devant nous, en Bourgogne), on sent un peu d’électricité dans l’air du côté de l’aéro-club Air France.
Les avions sont sortis, bien alignés, comme pour un show. Il faut dire qu’on a envie de partager notre joie. Qu’elle se voie, et de loin. Les équipages arrivent, avec une ponctualité respectueuse. On se salue et on est content de se retrouver. Mais la rigueur des pré-vols prend le dessus. C’est la dernière vérification avant un départ long et complexe, il s’agit de ne rien oublier.
La bonne entente du groupe n’empêche pas une excellente coordination et, en une heure, chacun des 11 avions, dont 6 de l’aéro-club, aura décollé. 

Les équipages ont bien entendu été constitués dès la première heure. On retrouve nos classiques.
Les girls, qui auront fait rêvé plus d’un contrôleur, les Dalton et leurs étapes secrètes, la Dream team et son organisation légendaire (La règle étant qu’ils sont toujours là, tous, et pour toute la durée du voyage ; elle comporte donc forcément des exceptions … systématiques), le couple dont le pilote ne veut pas se fatiguer à chercher des points de repère en visuel (« l’IFR, c’est bien plus peinard ») et dont la copilote trouve que la place de gauche est certainement plus confortable (Aussitôt le voyage terminé, elle passera au statut d’élève-pilote de l’ACAF !), Christian qui est venu tout spécialement de sa résidence New-Yorkaise pour l’occasion (quel honneur pour nous !), Guillaume qui en profite pour faire prendre l’air à son TB20, Sarah et sa bonne humeur permanente, Davor le local de l’étape et bien entendu, le Président, Jean-Marc. Habitué de ces sorties bien avant ces lourdes responsabilités qui n’ont en rien affecté sa bonne humeur. Côté élèves on trouvera Marine dont la gourmandise pour les heures de pilotage fait plaisir à voir et Bertrand au dynamisme permanent. 

Ca y est. Le rêve devient enfin réalité. Le ciel est avec nous, et dans tous les sens du terme. Les alpes sont dégagées. Seul le front qui est passé la veille sur la région parisienne et vers l’Est nous a préoccupés ces sept derniers jours. On le rencontrera finalement du côté de Tournus avec une légère pluie pile au changement de masses d’air.

 


Et la merveille s’ouvre à nous. Le lac du Bourget, la piste de Chambéry qui finit de souligner d’un trait la beauté du site, la vallée de la Maurienne et ses stations de ski. La Vanoise à gauche, les Ecrins à droite. Cela fait à peine deux heures que nous avons quitté notre terrain d’attache et on nage déjà en plein rêve.

Puis arrive la frontière, concrétisée par le lac du Mont Cenis. Au revoir Marseille info, Bongiorno Milano. Milano information,bongiorno. Milano information, bongiorno. Bon, l’inconvénient avec les Alpes c’est aussi que la radio ne passe pas bien. Mais rien ne nous empêche de rejoindre Torino Aeritalia, même pas la visi qui est pas mal tombée depuis que nous sommes dans la vallée du Pô. Mais le GPS rend la chose presque insignifiante.

Accueil extra à Torino, avec une étape de base encore plus courte que la 25 de Toussus. Les Présidents se saluent et on sent chez les mécanos et le pompiste une passion à fleur de peau. En cherchant bien, on tombe sur un Stampe dont le pompiste nous parle (tout en italien) avec amour et poésie. Faut dire qu’ils se connaissent bien tous les deux. Il en porte des marques visibles sur la main suite à un démarrage manuel de l’hélice qui lui a tordu le pouce.


Les Risotto et autres salades ayant été dégustées avec le calme propre à tout gastronome, on repart vers Venise. La vallée du Pô garde sa visibilité pour elle mais l’Adriatique nous ouvre un ciel grand bleu pour l’arrivée dans la cité des Doges. A partir de là, on sera CAVOK jusqu’à Toussus. Même pas drôle …mais quel pied !

L’approche de Venise se fait via le VOR de Chioggia en appelant Padova Information. Super, ils répondent ! Un échange en français sur la fréquence entre nous nous fait découvrir que le contrôleur de Padoue parle la langue de Molière.

Il fait beau et les voiliers, bateaux à moteur ou autres pédalos sont de sortie. Puis, après un cheminement côtier de légende, surgit Venise et son grand canal. Le Lido est en vue, tel un porte-avions dont seule l’extrémité est réservée aux atterrissages (San Nicolo). Le reste est composé d’hôtels au charme à la fois moderne et début 20ème siècle.

Posé sur les 1000m de piste en herbe et découverte de l’aérogare de style Mussolinien… en pleine restauration. Visiblement, il n’est pas question du tout de fermer cet aérodrome-ci, et tant mieux.

Arrivée à l’hôtel et confirmation des talents de notre organisatrice en chef : Hélène, avec la complicité de Sylvain qui assure en tant que roi de la négo. Ils nous ont dégotés un hôtel avec un style très local. Même si tout est esthétique en Italie, là c’est la classe.
Les 36 heures qui suivent sont consacrées à la visite de Venise, chacun allant flâner à sa guise dans ce lieu d’un autre temps.

Mais Dubrovnik nous attend. Le matin du départ, organisation parfaite malgré les taxis, les nombreux bagages, les 28 personnes que nous sommes, les destinations différentes. Certains nous quittent en effet dès cette étape pour un retour, qui vers Toussus qui vers Cuers puisque Gérard, en tant qu’ancien de l’ACAF ayant émigré vers le soleil, nous a rejoins avec deux de ses amis à bord d’un DR 400 de l’aéro-club du Var. Promis, on se reverra.

Escale technique à Trieste afin de passer la Douane et s’apercevoir que Schengen c’est quand même super puisque nous y passons deux heures.

 

 


Et enfin, la Croatie.

Les îles apparaissent. D’abord isolées, puis de plus en plus nombreuses et de plus en plus belles. Le contrôle Croate est parfait. Arrangeant, aimable (ça change de Séville de 2003 et du désormais célèbre « All VFR traffic, avoid communications. I say again, avoid communications ! »).

Le ciel est bleu et la mer turquoise, verte, azur, argentée. Magnifique. Les Alpes il y a deux jours, l’Adriatique maintenant. On se pince, mais non c’est vrai. C’est juste l’aviation qui fait ça.

On survole quelques terrains en dur ou en herbe, de magnifiques petits ports dont Hvar qui nous laissera plus tard d’autres souvenirs imprimés à jamais. Et enfin, Dubrovnik radar qui nous propose une longue finale afin de survoler la célèbre vieille ville fortifiée. Posé de légende sur les 3000 mètres d’asphalte et accueil princier avec le Follow-me, la 100 LL immédiatement disponible, le car jusqu’au terminal. Bien entendu, tout à un coût… Mais pour l’instant, on en profite.

Puis transfert à l’hôtel et découverte des autres talents de Sylvain en matière de connaissance hôtelière. Sauf que là, il s’est surpassé. Piscine intérieure et extérieure, à l’eau de mer, plage sur la baie, toutes les chambres avec vue sur la mer (on pourrait presque plonger tout de suite), car privé rien-que-pour-nous pour transfert à Dubrovnik, guide exclusif pour le groupe. La très grande classe.

Le premier dîner sur place se déroule en contrebas de l’hôtel dans la baie de Cavtat, sorte de St Tropez local, dans le bon sens du terme. Raffinement suprême, le restaurant se trouve pile dans l’axe de la piste, en courte finale. Du coup chaque passage de gros porteur est accompagné d’acclamations et applaudissements. Jean-Marc en profite pour nous épater en nous donnant, à l’oreille, la marque et le type des réacteurs de chacun d’entre eux. Il n’y a que sur le numéro de série qu’il est resté sec.

Le lendemain soir, Sylvain (toujours lui) nous re-prépare une surprise à sa façon avec un dîner dans la montagne locale. Voyage en car, vue imprenable sur Dubrovnik de nuit et également sur la piste de l’aéroport. Evidemment, quand on n’est pas pilote, on nous prend pour des fous

Soirée exceptionnelle mais qui malheureusement est suivie, le lendemain, par le départ de certains membres actifs de la communauté dont Guillaume, Sarah et Sylvain.

Nous en profitons pour nous rendre qui à Split, qui à Hvar. L’auteur étant de ces derniers, il ne pourra décrire la magnifique visite de Split. A Hvar, donc, se trouve un terrain tout à fait officiel, privé. Notre équipe technique (Thierry et Davor) ayant contacté le propriétaire la veille, nous sommes autorisés à nous rendre sur place, il va même tondre l’herbe.

Navigation des plus plaisantes jusqu’à l’île en question et il est temps de quitter Split Radar pour passer sur la fréquence du terrain. Pas de souci, il n’y a que nous, on passe donc au français. Michel fait plusieurs reconnaissances et trouve l’herbe « un peu haute ». Le chef pilote s’en mêle, confirme mais est serein sur notre capacité à utiliser les installations, il s’y pose sans encombre. Michel fait de même. Alfonso reste à l’écart afin de ne pas surcharger le trafic dans ce ballet qui consiste à courtiser le terrain pour en gagner les faveurs. Présentation en longue finale avec les conseils avisés du chef pilote à la radio. 10 nœuds légèrement en travers, de l’herbe haute et une piste pas si courte, mais dont le seuil n’est pas immédiat à identifier. On se concentre, on fait comme on a appris et le posé se passe sans problème. Sauf qu’elle est vraiment haute cette herbe. Pas de panique pour autant, même si le bout de la piste approche un peu rapidement à cause de l’herbe, les freins sont efficaces et la marge est finalement confortable. Le C-182 est vraiment une superbe machine.

Nous voilà donc posés … en plein brousse. Dominique remarque fort à propos à propos du Chef pilote :« il nous a fait faire une panne en campagne ». C’est vrai que ça y ressemblait un peu mais la sensation est superbe. Nous remarquons que le propriétaire a tenu parole : il a bel et bien tondu l’herbe … sur 10 mètres. On ne lui avait peut-être pas dit qu’on ne comptait pas venir en parachute.

 

Nos trois avions se retrouvent en pleine nature. Deux cyclistes se précipitent pour voir ce que nous faisons là, ainsi qu’un hélicoptère de l’armée. Ils ont dû trouver bizarre que des français soient venus de si loin pour se poser là. Mais pas de souci, ils repartent aussitôt.
Le seul inconvénient, c’est qu’il nous faut faire 3 km à pied sous le soleil pour rejoindre le port le plus proche où nous louons un minibus (on ne se refuse rien) pour aller à la ville de Hvar d’une beauté somptueuse. Déjeuner sur le port à coup de salades de poulpe et de calamars frits puis départ à pied vers la plage du coin pour une baignade.

Au point où nous en sommes, nous louons un petit bateau ce qui nous permet d’aller sur l’île d’en face et de faire trempette près de la côté. L’eau est fraîche mais le paradis continue.
Le départ, décollage compris, se fait sans encombre. On en profite juste, nous, pour bien tondre l’herbe, les hélices et les trains d’atterrissage nous en donneront la preuve une fois arrivés à Dubrovnik.
Dubrovnik justement. Le vent depuis la veille s’était mis à gonfler. On annonce une vingtaine de nœuds, plein travers (vent du 210 pour une piste 12/30). On a déjà eu quelques secousses à l’aller, le retour se fait plus sportif puisque nos têtes frôlent le plafond une fois ou deux. Et à l’arrivé, ça continue. C’est toujours 20 nœuds ! On est dans les tolérances de nos machines, on se pose donc. Les pilotes s’en tirent comme des chefs, ainsi que Bénédicte, Caroline et Jean-Marc qui rentrent de Split et que nous avons retrouvé en vol, comme si on s’était donné rendez-vous.
Au sol, le vent ne facilite pas les choses et on attache les avions très solidement.

Après toutes ces émotions et surtout avant un retour composé de deux journées assez longues (Dubrovnik-Calvi et Calvi-Toussus), nous décidons de rester à l’hôtel. Au programme, flânerie (plage, piscine) et préparation des navigations du retour. Ce dernier sujet prend jusqu’à trois trois heures pour certains qu’ils qualifient de délicieuses car on prend son temps, ce qui n’est finalement pas si courant dans notre vie quotidienne.
Le dîner est somptueux (Langouste, …) dans un endroit délicieux (les pins, la mer) mais nous laisse un souvenir béant dans le portefeuille. Ca ne fait rien, on en a bien profité.

Le retour prend donc forme le lendemain dans une aérogare de Dubrovnik avec pas mal de départs charter que nous doublons ostensiblement à la demande des personnels au sol. Quelques regards noirs nous accompagnent mais ils doivent nous prendre pour des VIP, ce qui en l’occurrence s’applique : Very Important Pilots !
La veille nous avons déposé un unique plan de vol pour les 6 avions que nous sommes. Pas une super idée car les vitesses trop différents de nos machines engendrent un léger cafouillage à la radio. Nous souhaitons tous en effet signaler nos décollages et autres points de report, ne serait-ce que pour en informer les autres avions. Le contrôle nous rappelle (à juste titre) qu’il ne doit y avoir des conversations qu’avec un seul avion, mais la courtoisie Croate s’applique une fois de plus et le vol vers Pescara, notre escale technique, se déroule sans histoire.

Nous avions appelé, comme à l’accoutumée, Pescara la veille afin de vérifier que nous disposerions de 100 LL en quantité suffisante. Les formalités de douane se passent facilement car le douanier chez est un fana de foot et une conversation endiablée s’établit entre Thierry (footeux à ses heures) et notre officiel. Du coup, un simple regard à l’assemblée lui suffit pour nous lancer un officiel et très italien « OK ! ».

Nous nous dirigeons donc vers le poste de ravitaillement qui se trouve juste avant le point d’arrêt de la piste en service. Notre départ semble imminent puisque seul un YAK se trouve en attente du précieux liquide, nous n’attendrons pas longtemps. C’était sans compter sur le fait que l’heure du repas est en cours et que nos amis italiens en profitent pour prendre leur temps. Pourrions-nous les blâmer, nous qui volons aussi pour profiter de ce que la vie peut  nous offrir de meilleur en termes de sensations ? Ceci étant, le temps commence à se faire long.

Un devis carburant fait apparaître que le TB20 et notre cher C-182 peuvent tenir jusqu’à Calvi. Sur ce dernier appareil, nous estimons notre autonomie à la durée du vol plus une heure et demie supplémentaire. La décision est prise, nous partons. D’autant plus que les cumulus commencent à bourgeonner sur les Abruzzes.
Départ sans histoire, montée rapide vers le niveau 105, ce qui nous fait toucher le sommet des nuages avec le train. Merveilleuse sensation, une fois de plus, que cette impression d’effleurer le coton terrestre et de se sentir … au-dessus de tout.

 La traversée d’est en ouest de l’Italie s’avère magnifique. Succession de montagnes, lacs, vallées et arrivée sur la méditerranée. Juste le temps de survoler l’île d’Elbe et comme dirait Ocatarinetabellatchixtchix « Cette odeur … c’est la Corse !». Elle est là en effet. Beaucoup plus proche de l’Italie qu’on ne le croit. Majestueuse, arrogante, droite et, on le sait, fière.
Mais le mieux est à venir.

Notre vol prévoit en effet de contourner le Cap Corse. Nous passons donc du niveau 65 à 1500 pieds après en avoir averti Bastia Info dont la courtoisie et le sérieux continuent d’enchanter cette navigation céleste. Le travers Bastia nous fait quitter la civilisation citadine et nous découvrons, une à une, les criques corses, ses villages dominant les flots et le monde. Même d’avion, on sent la tranquillité de leurs rues, la chaleur écrasante, les chiens faisant la sieste, le vent odorant. Toute l’âme de l’île nous accueille et nous accapare.

Après une remontée de quelques centaines de pieds afin de permettre aux ondes de retrouver Bastia Info, nous effectuons notre approche sur Calvi. Le contrôle nous demande, avec le même sérieux et la même gentillesse que leurs collègues précédents, d’accélérer notre approche afin que l’Airbus d’Air France ne soit pas en retard. C’est avec plaisir que nous acceptons. Même si la beauté de la vent arrière 36 de Calvi engendre un léger pincement.

Etape de base minime donc, mais entre Toussus et maintenant Turin, c’est vraiment du gâteau. Petit bonjour à l’Airbus dont la réponse est motivée par un rappel du contrôle « Air France, Alpha Golf, le Cessna qui libère la piste vous a transmis son bonjour. Il s’identifie de l’aéro-club Air France ». « Merci Papa Bravo. Au revoir ».
Après une  pompe 100 LL récalcitrante, nous ferons, contrairement à l’habitude, le plein le lendemain où nous pourrons constater qu’il nous restait effectivement 90 minutes de vol mais que l’aile gauche était pratiquement vide alors que la jauge marquait ¼. Il ne faut vraiment pas s’y fier.
Le taxi et nous terminons notre déplacement de la journée … dans la piscine. Quelle est bonne ! Repos général. Certains en profitent pour se laisser tomber dans les bras de Morphée. Puis promenade gastronomique dans Calvi puisque le plein de saucissons d’âne de Lonzu et de Coppa se fait chez Annie (à recommander) sur les conseils avisés d’Hélène. Elle connaît tous les bons plans !

Apéro sur le port. On sent imperceptiblement une pointe de tristesse dans le groupe. Personne n’en parle mais les plaisanteries sont moins marquées. Les photos numériques sont plus montrées que les autres soirs et on se voit remonter un peu plus dans le temps pour évoquer les premiers jours du périple. Oui, une séparation supplémentaire est proche puisqu’un des avions a décidé de passer le dimanche à Calvi. Qui plus est, ce sont les Girls, accompagnées de Jean-Marc. Dîner en ville suivi pour cinq courageux d’un verre de jus de fruits chez Tao, au sein de la citadelle. La vue de nuit sur la baie est magnifique mais nous tombons vraiment de sommeil. La fatigue est à la hauteur du spectacle de la journée. Deux traversées maritimes, les Abruzzes, les îles, la chaleur et 400 nautiques de navigation.

Arrive donc le dernier jour. Malgré nos interrogations régulières de la météo via Internet sur nos téléphones portables, nous passons chez Météo France. Y’a pas, c’est toujours CAVOK et ça le restera jusqu’au bout.

On part donc vers Le VOR de St Tropez via le célébrissime point Merlu. Survols successifs de la côté d’Azur, des gorges du Verdon, du lac de Ste Croix, du Mont Ventoux, de la Durance et du Rhône. Cela se passe évidemment de tout commentaire. Quand on dit que la France est un beau pays mais qu’on ne l’a jamais survolé de cette manière, on fait vraiment dans l’euphémisme.
Après 8 jours à se remplir les yeux, on en prend encore plein la vue. C’est l’extase.

Arrivée tranquille sur St Rambert. Tiens ? De l’herbe … tondue. Deux magnifiques pistes, un atterrissage parfait, sans vent.

Déjeuner léger car il nous faut repartir pour notre tout dernier tronçon et rejoindre le port s’attache. La navigation est une formalité, même l’arrivée sur Toussus que nous imaginions chargée du fait de l’excellente météo se fait sans trop de trafic.

« Fox – Papa Bravo, roulez Air France et quittez au Parc. ». « Fox – Papa Bravo. Je roule Air France et je quitte au parc. Merci messieurs. » Merci messieurs-dames les contrôleurs. Tous les contrôleurs.
A commencer par le tout premier d’entre eux – Paris Info- qui nous a à tous souhaité la bienvenue sur sa fréquence avec un « Bienvenue au Club » d’un rare à-propos.

Merci à Lyon Info malgré son « On nous a encore oublié sur ce plan de vol », bouton PTT enfoncé.
Merci à Milano Information, bongiorno. Finalement, on n’a pas eu besoin de votre réponse...
Merci à Venezia San Nicolo. Grazie per Tutto. Un accueil comme celui-là ne s’oublie pas.
Merci aux contrôleurs Croates. Efficaces, sobres.
Merci à Bastia Info et Calvi TWR, merci à Marseille Info pour votre professionnalisme plein de soleil.

Merci à tous car sans vous ces aventures ne seraient pas possibles et parce que pendant que nous nous régalons les yeux, c’est vous que nous entendons, Et cela apporte également à la touche locale.

 Bon, après toutes ces pensées, cela fait déjà un moment que nous sommes devant l’aéro-club. Une fois garés, on se précipite pour laver l’avion et il en a bien besoin. Quand on pense à tout ce qu’il a vu et toutes les masses d’air qu’il a traversées, il a bien mérité une trempette.

Et le moment des adieux, en tout cas pour les présents, est arrivé. Ce n’est même pas triste. C’est aussi ça l’aviation. On en a plein la tête. Cela va nous tenir un bon moment. Et puis on passera vite à la prochaine Grande Sortie. La fièvre nous reprendra, tous.

 

 

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Dernière mise à jour le 04 oct. 2005 par Roger Politis