
Grande sortie annuelle de
l’aéro-club Air France de Toussus.
Souvenirs croates.
La Croatie, ça a longtemps été un rêve.
Neuf mois environ, tout comme les grandes réalisations de la
vie. Tout a vraiment commencé lorsque notre couple
d’organisateurs nous a révélé la destination qui allait succéder
à l’escapade hispanique. C’était à la Rochelle, bien entendu, à
l’occasion de notre traditionnelle sortie de fin de saison.
Hélène, qui vous raconte comment cela va se passer de telle
manière que vous le vivez déjà. Et Thierry, notre Chef pilote,
qui a l’art de vous expliquer à quel point les navigations
seront complexes et techniques mais dont le travail est
tellement mâché qu’un élève pilote le ferait. La preuve, ils
font partie du voyage.
C’est aussi ça, la magie de nos « Grandes sorties ». Plutôt que
de se retrouver entre baroudeurs velus cherchant à s’épater les
uns les autres, notre secret consiste à intégrer des expériences
de vie aéronautique totalement différentes. Seule la passion du
vol, propre à tous les pilotes se retrouve chez nous tous.
Après La Rochelle donc, du boulot. Plein de boulot.
Déjà, les cartes. Ca commence bien, Jeppesen doit sortir les
cartes de la Croatie, mais on n’est sûrs de rien. Faudra se
contenter des ONC. Très sympa sur le plan graphique, mais un peu
moins du côté des points de report. Heureusement, on aura
finalement nos cartes LD-1 et LD-2 suffisamment à temps pour
partir dans la sérénité de logs de nav complets et de GPS
chargés à bloc.
Ensuite, l’Italie. Si le pays fait rêver, le vol en VFR un peu
moins. La TMA de Milan serait aux espaces aériens ce que le
Cunimb est aux nuages. Sauf que celui-là, il ne se contourne
pas, il se traverse. Les points Rivoli, None, Cremona, Legnano,
Rovigo sont finalement les indices à retrouver pour le jeu de
piste. Là encore, Thierry nous sert tout cela sur un plateau, on
n’aura plus qu’à suivre.
Au-delà des navigations se pose rapidement la question des
escales et la combinaison alpes-météo nous oblige à préparer
deux routes : Turin par la montagne ou Aix puis la côté d’Azur.
Deux choses sont certaines : ce sera magnifique quelle que soit
l’option retenue et la journée se terminera à Venise, sur le
terrain de San Nicolo, à quelques brasses de la place St Marc.
Aux questions habituelles (100 LL, taxes, etc.) se rajoute
fermement le passage de la douane car la Croatie ne fait pas
partie de l’espace Schengen.
Le reste de la préparation est plus simple si ce n’est que nous
avons beaucoup de mal à trouver des informations aéronautiques
relatives à la Croatie, mais celles que nous avons pu glaner
par-ci par-là concordent sur le professionnalisme et l’excellent
accueil du contrôle Croate. Rien ne nous permettra de le
contredire.
Pour le reste, décision est prise de rentrer par Calvi. Après
tout, autant faire les choses en grand jusqu’au bout.
L’échéance approche et la veille du départ, à l’aéro-club, la
préparation bat son plein. Il faut laver les machines, en faire
les pleins, les garer de manière à optimiser le départ du
lendemain. Nous sommes déjà dans un état d’ivresse, mais d’une
sobriété digne de tout pilote qui se respecte.
Le sérieux du Chef pilote s’exprime à plein. Thierry s’est en
effet chargé de bien insister sur l’importance de la ponctualité
du lendemain et a vérifié l’ensemble des packages techniques que
chaque avion emportera. Rien ne manque. Les bidons d’huile et
leur demi-bouteille d’eau en guise d’entonnoir, les cordes et
piquets, le liquide lave-glace. On a rajouté un jeu de bougies
et les indispensables gilets de sauvetage car la Méditerranée et
l’Adriatique ne sont pas de petits lacs.
Cela faisait également quelques jours qu’il scrutait (avec
quelques autres) la météo par Internet, téléphone ou relations
interposées. Une dernière vérification et la décision est
prise : on passera par les Alpes. Aussi sec, envoi d’un fax de
confirmation à Turin afin qu’ils ne soient pas surpris de voir
arriver une escadrille non prévue. Au passage, on en profite
pour leur demander s’ils peuvent nous ravitailler (réservoirs et
estomacs) pendant les heures de repas. Un vrai pro.
Arrive donc enfin le jour J. Samedi 21 mai 2005. Il est 7 heures
locales. Malgré un ciel dégagé sur Toussus (le front est devant
nous, en Bourgogne), on sent un peu d’électricité dans l’air du
côté de l’aéro-club Air France.
Les avions sont sortis, bien alignés, comme pour un show. Il
faut dire qu’on a envie de partager notre joie. Qu’elle se voie,
et de loin. Les équipages arrivent, avec une ponctualité
respectueuse. On se salue et on est content de se retrouver.
Mais la rigueur des pré-vols prend le dessus. C’est la dernière
vérification avant un départ long et complexe, il s’agit de ne
rien oublier.
La bonne entente du groupe n’empêche pas une excellente
coordination et, en une heure, chacun des 11 avions, dont 6 de
l’aéro-club, aura décollé.
Les équipages ont bien entendu été constitués dès la première
heure. On retrouve nos classiques.
Les girls, qui auront fait rêvé plus d’un contrôleur, les Dalton
et leurs étapes secrètes, la Dream team et son organisation
légendaire (La règle étant qu’ils sont toujours là, tous, et
pour toute la durée du voyage ; elle comporte donc forcément des
exceptions … systématiques), le couple dont le pilote ne veut
pas se fatiguer à chercher des points de repère en visuel (« l’IFR,
c’est bien plus peinard ») et dont la copilote trouve que la
place de gauche est certainement plus confortable (Aussitôt le
voyage terminé, elle passera au statut d’élève-pilote de l’ACAF !),
Christian qui est venu tout spécialement de sa résidence
New-Yorkaise pour l’occasion (quel honneur pour nous !),
Guillaume qui en profite pour faire prendre l’air à son TB20,
Sarah et sa bonne humeur permanente, Davor le local de l’étape
et bien entendu, le Président, Jean-Marc. Habitué de ces sorties
bien avant ces lourdes responsabilités qui n’ont en rien affecté
sa bonne humeur. Côté élèves on trouvera Marine dont la
gourmandise pour les heures de pilotage fait plaisir à voir et
Bertrand au dynamisme permanent.
Ca y est. Le rêve devient enfin réalité. Le ciel est avec nous,
et dans tous les sens du terme. Les alpes sont dégagées. Seul le
front qui est passé la veille sur la région parisienne et vers
l’Est nous a préoccupés ces sept derniers jours. On le
rencontrera finalement du côté de Tournus avec une légère pluie
pile au changement de masses d’air.

Et la merveille s’ouvre à nous. Le lac du Bourget, la piste de
Chambéry qui finit de souligner d’un trait la beauté du site, la
vallée de la Maurienne et ses stations de ski. La Vanoise à
gauche, les Ecrins à droite. Cela fait à peine deux heures que
nous avons quitté notre terrain d’attache et on nage déjà en
plein rêve.
Puis
arrive la frontière, concrétisée par le lac du Mont Cenis.
Au revoir Marseille info, Bongiorno Milano.
Milano information,bongiorno. Milano information,
bongiorno. Bon, l’inconvénient avec les Alpes c’est aussi
que la radio ne passe pas bien. Mais rien ne nous empêche de
rejoindre Torino Aeritalia, même pas la visi qui est pas mal
tombée depuis que nous sommes dans la vallée du Pô. Mais le GPS
rend la chose presque insignifiante.
Accueil
extra à Torino, avec une étape de base encore plus courte que la
25 de Toussus. Les Présidents se saluent et on sent chez les
mécanos et le pompiste une passion à fleur de peau. En cherchant
bien, on tombe sur un Stampe dont le pompiste nous parle (tout
en italien) avec amour et poésie. Faut dire qu’ils se
connaissent bien tous les deux. Il en porte des marques visibles
sur la main suite à un démarrage manuel de l’hélice qui lui a
tordu le pouce.
Les Risotto et autres salades ayant été dégustées avec le calme
propre à tout gastronome, on repart vers Venise. La vallée du Pô
garde sa visibilité pour elle mais l’Adriatique nous ouvre un
ciel grand bleu pour l’arrivée dans la cité des Doges. A partir
de là, on sera CAVOK jusqu’à Toussus. Même pas drôle …mais quel
pied !
L’approche
de Venise se fait via le VOR de Chioggia en appelant Padova
Information. Super, ils répondent ! Un échange en français sur
la fréquence entre nous nous fait découvrir que le contrôleur de
Padoue parle la langue de Molière.
Il fait beau et les voiliers, bateaux à moteur ou autres pédalos
sont de sortie. Puis, après un cheminement côtier de légende,
surgit Venise et son grand canal. Le Lido est en vue, tel un
porte-avions dont seule l’extrémité est réservée aux
atterrissages (San Nicolo). Le reste est composé d’hôtels au
charme à la fois moderne et début 20ème siècle.
Posé sur les 1000m de piste en herbe et découverte de l’aérogare
de style Mussolinien… en pleine restauration. Visiblement, il
n’est pas question du tout de fermer cet aérodrome-ci, et tant
mieux.
Arrivée à l’hôtel et confirmation des talents de notre
organisatrice en chef : Hélène, avec la complicité de Sylvain
qui assure en tant que roi de la négo. Ils nous ont dégotés un
hôtel avec un style très local. Même si tout est esthétique en
Italie, là c’est la classe.
Les 36 heures qui suivent sont consacrées à la visite de Venise,
chacun allant flâner à sa guise dans ce lieu d’un autre temps.
Mais Dubrovnik nous attend. Le matin du départ, organisation
parfaite malgré les taxis, les nombreux bagages, les 28
personnes que nous sommes, les destinations différentes.
Certains nous quittent en effet dès cette étape pour un retour,
qui vers Toussus qui vers Cuers puisque Gérard, en tant
qu’ancien de l’ACAF ayant émigré vers le soleil, nous a rejoins
avec deux de ses amis à bord d’un DR 400 de l’aéro-club du Var.
Promis, on se reverra.
Escale
technique à Trieste afin de passer la Douane et s’apercevoir que
Schengen c’est quand même super puisque nous y passons deux
heures.
Et enfin, la Croatie.
Les îles apparaissent. D’abord isolées, puis de plus en plus
nombreuses et de plus en plus belles. Le contrôle Croate est
parfait. Arrangeant, aimable (ça change de Séville de 2003 et du
désormais célèbre « All VFR traffic, avoid communications. I
say again, avoid communications ! »).
Le
ciel est bleu et la mer turquoise, verte, azur, argentée.
Magnifique. Les Alpes il y a deux jours, l’Adriatique
maintenant. On se pince, mais non c’est vrai. C’est juste
l’aviation qui fait ça.
On
survole quelques terrains en dur ou en herbe, de magnifiques
petits ports dont Hvar qui nous laissera plus tard d’autres
souvenirs imprimés à jamais. Et enfin, Dubrovnik radar qui nous
propose une longue finale afin de survoler la célèbre vieille
ville fortifiée. Posé de légende sur les 3000 mètres d’asphalte
et accueil princier avec le Follow-me, la 100 LL immédiatement
disponible, le car jusqu’au terminal. Bien entendu, tout à un
coût… Mais pour l’instant, on en profite.
Puis transfert à l’hôtel et découverte des autres talents de
Sylvain en matière de connaissance hôtelière. Sauf que là, il
s’est surpassé. Piscine intérieure et extérieure, à l’eau de
mer, plage sur la baie, toutes les chambres avec vue sur la mer
(on pourrait presque plonger tout de suite), car privé
rien-que-pour-nous pour transfert à Dubrovnik, guide exclusif
pour le groupe. La très grande classe.

Le
premier dîner sur place se déroule en contrebas de l’hôtel dans
la baie de Cavtat, sorte de St Tropez local, dans le bon sens du
terme. Raffinement suprême, le restaurant se trouve pile dans
l’axe de la piste, en courte finale. Du coup chaque passage de
gros porteur est accompagné d’acclamations et applaudissements.
Jean-Marc en profite pour nous épater en nous donnant, à
l’oreille, la marque et le type des réacteurs de chacun d’entre
eux. Il n’y a que sur le numéro de série qu’il est resté sec.
Le lendemain soir, Sylvain (toujours lui) nous re-prépare une
surprise à sa façon avec un dîner dans la montagne locale.
Voyage en car, vue imprenable sur Dubrovnik de nuit et également
sur la piste de l’aéroport. Evidemment, quand on n’est pas
pilote, on nous prend pour des fous
Soirée exceptionnelle mais qui malheureusement est suivie, le
lendemain, par le départ de certains membres actifs de la
communauté dont Guillaume, Sarah et Sylvain.
Nous en profitons pour nous rendre qui à Split, qui à Hvar.
L’auteur étant de ces derniers, il ne pourra décrire la
magnifique visite de Split. A Hvar, donc, se trouve un terrain
tout à fait officiel, privé. Notre équipe technique (Thierry et
Davor) ayant contacté le propriétaire la veille, nous sommes
autorisés à nous rendre sur place, il va même tondre l’herbe.
Navigation des plus plaisantes jusqu’à l’île en question et il
est temps de quitter Split Radar pour passer sur la fréquence du
terrain. Pas de souci, il n’y a que nous, on passe donc au
français. Michel fait plusieurs reconnaissances et trouve
l’herbe « un peu haute ». Le chef pilote s’en mêle, confirme
mais est serein sur notre capacité à utiliser les installations,
il s’y pose sans encombre. Michel fait de même. Alfonso reste à
l’écart afin de ne pas surcharger le trafic dans ce ballet qui
consiste à courtiser le terrain pour en gagner les faveurs.
Présentation en longue finale avec les conseils avisés du chef
pilote à la radio. 10 nœuds légèrement en travers, de l’herbe
haute et une piste pas si courte, mais dont le seuil n’est pas
immédiat à identifier. On se concentre, on fait comme on a
appris et le posé se passe sans problème. Sauf qu’elle est
vraiment haute cette herbe. Pas de panique pour autant, même si
le bout de la piste approche un peu rapidement à cause de
l’herbe, les freins sont efficaces et la marge est finalement
confortable. Le C-182 est vraiment une superbe machine.
Nous
voilà donc posés … en plein brousse. Dominique remarque fort à
propos à propos du Chef pilote :« il nous a fait faire une
panne en campagne ». C’est vrai que ça y ressemblait un peu
mais la sensation est superbe. Nous remarquons que le
propriétaire a tenu parole : il a bel et bien tondu l’herbe …
sur 10 mètres. On ne lui avait peut-être pas dit qu’on ne
comptait pas venir en parachute.
Nos trois avions se retrouvent en pleine nature. Deux cyclistes
se précipitent pour voir ce que nous faisons là, ainsi qu’un
hélicoptère de l’armée. Ils ont dû trouver bizarre que des
français soient venus de si loin pour se poser là. Mais pas de
souci, ils repartent aussitôt.
Le seul inconvénient, c’est qu’il nous faut faire 3 km à pied
sous le soleil pour rejoindre le port le plus proche où nous
louons un minibus (on ne se refuse rien) pour aller à la ville
de Hvar d’une beauté somptueuse. Déjeuner sur le port à coup de
salades de poulpe et de calamars frits puis départ à pied vers
la plage du coin pour une baignade.
Au
point où nous en sommes, nous louons un petit bateau ce qui nous
permet d’aller sur l’île d’en face et de faire trempette près de
la côté. L’eau est fraîche mais le paradis continue.
Le départ, décollage compris, se fait sans encombre. On en
profite juste, nous, pour bien tondre l’herbe, les hélices et
les trains d’atterrissage nous en donneront la preuve une fois
arrivés à Dubrovnik.
Dubrovnik justement. Le vent depuis la veille s’était mis à
gonfler. On annonce une vingtaine de nœuds, plein travers (vent
du 210 pour une piste 12/30). On a déjà eu quelques secousses à
l’aller, le retour se fait plus sportif puisque nos têtes
frôlent le plafond une fois ou deux. Et à l’arrivé, ça continue.
C’est toujours 20 nœuds ! On est dans les tolérances de nos
machines, on se pose donc. Les pilotes s’en tirent comme des
chefs, ainsi que Bénédicte, Caroline et Jean-Marc qui rentrent
de Split et que nous avons retrouvé en vol, comme si on s’était
donné rendez-vous.
Au sol, le vent ne facilite pas les choses et on attache les
avions très solidement.
Après toutes ces émotions et surtout avant un retour composé de
deux journées assez longues (Dubrovnik-Calvi et Calvi-Toussus),
nous décidons de rester à l’hôtel. Au programme, flânerie
(plage, piscine) et préparation des navigations du retour. Ce
dernier sujet prend jusqu’à trois trois heures pour certains
qu’ils qualifient de délicieuses car on prend son temps, ce qui
n’est finalement pas si courant dans notre vie quotidienne.
Le dîner est somptueux (Langouste, …) dans un endroit délicieux
(les pins, la mer) mais nous laisse un souvenir béant dans le
portefeuille. Ca ne fait rien, on en a bien profité.
Le
retour prend donc forme le lendemain dans une aérogare de
Dubrovnik avec pas mal de départs charter que nous doublons
ostensiblement à la demande des personnels au sol. Quelques
regards noirs nous accompagnent mais ils doivent nous prendre
pour des VIP, ce qui en l’occurrence s’applique : Very Important
Pilots !
La veille nous avons déposé un unique plan de vol pour les 6
avions que nous sommes. Pas une super idée car les vitesses trop
différents de nos machines engendrent un léger cafouillage à la
radio. Nous souhaitons tous en effet signaler nos décollages et
autres points de report, ne serait-ce que pour en informer les
autres avions. Le contrôle nous rappelle (à juste titre) qu’il
ne doit y avoir des conversations qu’avec un seul avion, mais la
courtoisie Croate s’applique une fois de plus et le vol vers
Pescara, notre escale technique, se déroule sans histoire.
Nous avions appelé, comme à l’accoutumée, Pescara la veille afin
de vérifier que nous disposerions de 100 LL en quantité
suffisante. Les formalités de douane se passent facilement car
le douanier chez est un fana de foot et une conversation
endiablée s’établit entre Thierry (footeux à ses heures) et
notre officiel. Du coup, un simple regard à l’assemblée lui
suffit pour nous lancer un officiel et très italien « OK ! ».
Nous
nous dirigeons donc vers le poste de ravitaillement qui se
trouve juste avant le point d’arrêt de la piste en service.
Notre départ semble imminent puisque seul un YAK se trouve en
attente du précieux liquide, nous n’attendrons pas longtemps.
C’était sans compter sur le fait que l’heure du repas est en
cours et que nos amis italiens en profitent pour prendre leur
temps. Pourrions-nous les blâmer, nous qui volons aussi pour
profiter de ce que la vie peut nous offrir de meilleur en
termes de sensations ? Ceci étant, le temps commence à se faire
long.
Un devis carburant fait apparaître que le TB20 et notre cher
C-182 peuvent tenir jusqu’à Calvi. Sur ce dernier appareil, nous
estimons notre autonomie à la durée du vol plus une heure et
demie supplémentaire. La décision est prise, nous partons.
D’autant plus que les cumulus commencent à bourgeonner sur les
Abruzzes.
Départ sans histoire, montée rapide vers le niveau 105, ce qui
nous fait toucher le sommet des nuages avec le train.
Merveilleuse sensation, une fois de plus, que cette impression
d’effleurer le coton terrestre et de se sentir … au-dessus de
tout.
La traversée d’est en ouest de l’Italie s’avère magnifique.
Succession de montagnes, lacs, vallées et arrivée sur la
méditerranée. Juste le temps de survoler l’île d’Elbe et comme
dirait Ocatarinetabellatchixtchix « Cette odeur … c’est la
Corse !». Elle est là en effet. Beaucoup plus proche de
l’Italie qu’on ne le croit. Majestueuse, arrogante, droite et,
on le sait, fière.
Mais le mieux est à venir.
Notre
vol prévoit en effet de contourner le Cap Corse. Nous passons
donc du niveau 65 à 1500 pieds après en avoir averti Bastia Info
dont la courtoisie et le sérieux continuent d’enchanter cette
navigation céleste. Le travers Bastia nous fait quitter la
civilisation citadine et nous découvrons, une à une, les criques
corses, ses villages dominant les flots et le monde. Même
d’avion, on sent la tranquillité de leurs rues, la chaleur
écrasante, les chiens faisant la sieste, le vent odorant. Toute
l’âme de l’île nous accueille et nous accapare.
Après une remontée de quelques centaines de pieds afin de
permettre aux ondes de retrouver Bastia Info, nous effectuons
notre approche sur Calvi. Le contrôle nous demande, avec le même
sérieux et la même gentillesse que leurs collègues précédents,
d’accélérer notre approche afin que l’Airbus d’Air France ne
soit pas en retard. C’est avec plaisir que nous acceptons. Même
si la beauté de la vent arrière 36 de Calvi engendre un léger
pincement.
Etape de base minime donc, mais entre Toussus et maintenant
Turin, c’est vraiment du gâteau. Petit bonjour à l’Airbus dont
la réponse est motivée par un rappel du contrôle « Air France,
Alpha Golf, le Cessna qui libère la piste vous a transmis son
bonjour. Il s’identifie de l’aéro-club Air France ». « Merci
Papa Bravo. Au revoir ».
Après une pompe 100 LL récalcitrante, nous ferons,
contrairement à l’habitude, le plein le lendemain où nous
pourrons constater qu’il nous restait effectivement 90 minutes
de vol mais que l’aile gauche était pratiquement vide alors que
la jauge marquait ¼. Il ne faut vraiment pas s’y fier.
Le taxi et nous terminons notre déplacement de la journée … dans
la piscine. Quelle est bonne ! Repos général. Certains en
profitent pour se laisser tomber dans les bras de Morphée. Puis
promenade gastronomique dans Calvi puisque le plein de
saucissons d’âne de Lonzu et de Coppa se fait chez Annie (à
recommander) sur les conseils avisés d’Hélène. Elle connaît tous
les bons plans !
Apéro sur le port. On sent imperceptiblement une pointe de
tristesse dans le groupe. Personne n’en parle mais les
plaisanteries sont moins marquées. Les photos numériques sont
plus montrées que les autres soirs et on se voit remonter un peu
plus dans le temps pour évoquer les premiers jours du périple.
Oui, une séparation supplémentaire est proche puisqu’un des
avions a décidé de passer le dimanche à Calvi. Qui plus est, ce
sont les Girls, accompagnées de Jean-Marc. Dîner en ville suivi
pour cinq courageux d’un verre de jus de fruits chez Tao, au
sein de la citadelle. La vue de nuit sur la baie est magnifique
mais nous tombons vraiment de sommeil. La fatigue est à la
hauteur du spectacle de la journée. Deux traversées maritimes,
les Abruzzes, les îles, la chaleur et 400 nautiques de
navigation.
Arrive donc le dernier jour. Malgré nos interrogations
régulières de la météo via Internet sur nos téléphones
portables, nous passons chez Météo France. Y’a pas, c’est
toujours CAVOK et ça le restera jusqu’au bout.
On
part donc vers Le VOR de St Tropez via le célébrissime point
Merlu. Survols successifs de la côté d’Azur, des gorges du
Verdon, du lac de Ste Croix, du Mont Ventoux, de la Durance et
du Rhône. Cela se passe évidemment de tout commentaire. Quand on
dit que la France est un beau pays mais qu’on ne l’a jamais
survolé de cette manière, on fait vraiment dans l’euphémisme.
Après 8 jours à se remplir les yeux, on en prend encore plein la
vue. C’est l’extase.
Arrivée tranquille sur St Rambert. Tiens ? De l’herbe … tondue.
Deux magnifiques pistes, un atterrissage parfait, sans vent.
Déjeuner léger car il nous faut repartir pour notre tout dernier
tronçon et rejoindre le port s’attache. La navigation est une
formalité, même l’arrivée sur Toussus que nous imaginions
chargée du fait de l’excellente météo se fait sans trop de
trafic.
« Fox – Papa Bravo, roulez Air France et quittez au Parc. ».
« Fox – Papa Bravo. Je roule Air France et je quitte au parc.
Merci messieurs. » Merci messieurs-dames les contrôleurs.
Tous les contrôleurs.
A commencer par le tout premier d’entre eux – Paris Info- qui
nous a à tous souhaité la bienvenue sur sa fréquence avec un
« Bienvenue au Club » d’un rare à-propos.
Merci à Lyon Info malgré son « On nous a encore oublié sur ce
plan de vol », bouton PTT enfoncé.
Merci à Milano Information, bongiorno.
Finalement, on n’a pas eu besoin de votre réponse...
Merci à Venezia San Nicolo. Grazie per
Tutto. Un accueil comme celui-là ne s’oublie pas.
Merci aux contrôleurs Croates. Efficaces, sobres.
Merci à Bastia Info et Calvi TWR, merci à Marseille Info pour
votre professionnalisme plein de soleil.
Merci à tous car sans vous ces aventures ne seraient pas
possibles et parce que pendant que nous nous régalons les yeux,
c’est vous que nous entendons, Et cela apporte également à la
touche locale.
Bon, après toutes ces pensées, cela fait déjà un moment que
nous sommes devant l’aéro-club. Une fois garés, on se précipite
pour laver l’avion et il en a bien besoin. Quand on pense à tout
ce qu’il a vu et toutes les masses d’air qu’il a traversées, il
a bien mérité une trempette.
Et le moment des
adieux, en tout cas pour les présents, est arrivé. Ce n’est même
pas triste. C’est aussi ça l’aviation. On en a plein la tête.
Cela va nous tenir un bon moment. Et puis on passera vite à la
prochaine Grande Sortie. La fièvre nous reprendra, tous. 